Exposición sobre la revuelta contra el régimen de Duvalier

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L’étrange vernissage

Sous les cieux de Cazal, le temps s’est pourtant suspendu le 27 mars 1969. Une révolte contre les abus du régime de Duvalier a provoqué une descente de militaires et de miliciens dans cette section de la commune de Cabaret. Un bain de sang. Des exécutions sommaires, des enterrés vifs, des prisonniers… Au moins 23 morts, 80 disparus, 82 maisons incendiées.

Il ne fallait pas se révolter. Il ne fallait pas être mécontent de payer les lourdes taxes qu’imposait le pouvoir; s’en prendre à la caserne des militaires, arracher le drapeau rouge et noir et le remplacer par le bicolore d’avant-Duvalier. Ces hommes, ils ne devaient pas parler… Parmi eux, Jérémie Eliazer, ancien officier de l’armée. Sa femme, assise sur une petite chaise de paille, se nourrit encore des récits qui dessinent l’horreur du printemps 1969. « Ma fille a été enlevée par les miliciens pour contraindre mon mari, Jérémie, à se rendre », témoigne-t-elle en cachant son visage du portrait de sa fille Wiseline. « J’ai fait de la prison, j’ai perdu mon mari et un peu de moi-même. Ma vie s’est arrêtée en 1969. Depuis, le paysage m’est étrange. Je fais beaucoup d’efforts pour conserver la mémoire de cet évènement. Mais je peux partir à tout moment vers l’au-delà. Et certainement, une grande partie de la mémoire de Cazal se perdra avec moi. » Edgar Benoit, fils de l’un des leaders de la résistance, ne garde pas de meilleurs souvenirs. Quand le massacre a commencé, son père a caché toute la famille dans une grotte dans les mornes. « Ma mère, mes frères et sœurs et moi avons passé trois jours sous terre, protégés par une couleuvre. Après, nous avons été contraints de nous rendre au poste. Mon père fut exécuté dans les mornes. La milice m’a ensuite engagé comme coiffeur. Au fil du temps, j’ai gagné leur confiance et je suis devenu leur cuisinier. J’ai même pu manier leurs armes. » Penché sur sa machine à coudre, le visage quelque peu austère, Théophile Benoit est dans son atelier de couture. C’est le frère d’Antioche Benoit, exécuté lui aussi lors du massacre. Il était alcoolique. Quand les miliciens ont débarqué, Antioche les a affrontés verbalement et ces derniers l’ont descendu de plusieurs cartouches. « C’était du jamais vu à Cazal », explique Phylantus Benoit. « Je n’étais pas né en 1969, mais c’est bien l’année qui m’a le plus marqué. Mes deux grands-parents ont été enterrés vifs lors du massacre. » Dans l’atrium de la Fokal, les photographies interpellent, les unes plus expressives que les autres. On n’oubliera pas de sitôt Anselme Benoit, ce rescapé, ce vieillard de 86 ans. Condamné lui aussi à mourir, la fosse qui lui était destinée n’étant pas assez profonde, il a demandé au tonton macoute de la creuser davantage. Entre-temps, il a commencé à prier. Les miliciens l’ont laissé partir. « Aucun procès n’a jamais eu lieu sur les évènements de Cazal, ni en réparation aux victimes, ni non plus pour la reconnaissance d’un massacre », affirme Joseph Eric Eliazer, directeur d’une école de la zone. « Il n’y a jamais eu d’action en justice de la part des victimes. Pendant le régime des Duvalier, c’était impensable. Après la chute de la dictature et jusqu’à aujourd’hui, la plupart d’entre eux ont continué à avoir peur car des potentats sont restés longtemps dans l’arène du pouvoir. » « Ce n’est qu’en 1999, grâce à l’influence de Mme Geri Benoit – fille de Cazal, ancienne première dame de la République –, qu’un mémorial des évènements de 1969 a été érigé à Cazal », lit-on sur l’un des tableaux. « C’est un parterre d’environ 100 mètres carrés avec un mur sur lequel sont gravés les noms des victimes et de grosses pierres peintes en bleu et rouge, là où certains ont été enterrés vivants. Néanmoins, les commémorations restent des initiatives privées et en dehors de celles-ci, le site du mémorial sert d’espace de divertissement, de parking pour motocyclette. » Quarante-six ans après, « ces évènements sont méconnus du pays, faute d’archives, de travaux d’historiens et de volonté politique. Ils s’inscrivent pourtant sur une longue liste de violences et d’abus perpétrés dans plusieurs régions du pays pendant la période de la dictature. » Fruit d’un travail commun de 12 photographes du Kolektif 2 Dimensions, dont Jean Marc Hervé Abélard, Jeanty Junior Augustin, Moïse Pierre, Dumas Maçon, Fabienne Douce et Réginald Louissaint Junior, l’exposition « Cazal, entre mémoires et oubli » souhaite questionner les mémoires plurielles de la communauté de Cazal. Ayant été l’objet d’un atelier organisé par la Fokal, sous la direction du photographe italien Nicola Lo Calzo autour du thème « Photographie et Mémoire », elle s’assigne le but d’exprimer jusqu’au 28 avril, le rapport complexe des Cazalais à leur passé.

Le Nouvelliste

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