Haití: Recuperar la historia de las ocupaciones de EEUU en el país

Au cours d’une intéressante causerie en créole au Centre Pen à Thomassin 32, le docteur Georges Eddy Lucien, spécialiste en histoire et géographie, s’adressant à un petit public de jeunes très attentifs, en présence de l’écrivain Jean Euphèle Milcé, a exposé les vrais mobiles économiques des interventions et occupations américaines successives de Cuba, Haïti et la République dominicaine au début du siècle dernier. Battant en brèche les poncifs et clichés traditionnels d’explication historique, liés à l’idéologie – comme la fameuse doctrine de Monroe – le docteur Georges Eddy Lucien dévoile l’enjeu de ces événements en termes de fourniture de main­d’œuvre pour l’industrie américaine, sucrière en particulier, dans les pays avoisinants comme Cuba et la République dominicaine.

L’Occupation est une tentative de résoudre les crises du système capitaliste, crises de capitaux improductifs. Toute une stratégie est étudiée et mise en pratique comme étape de sa réalisation : prêts à des pays anciennement colonisés; insolvabilité de ces derniers; accaparement de leurs réserves bancaires en or; contrôle de leurs ports. La crise de capitaux atteint son pic en 1913. On cite au passage dans la logique précitée, les interventions au Mexique et au Venezuela.

En débarquant à Cuba, les Américains trouvent un équipement sucrier moderne – comme en République dominicaine – installé par des investisseurs cubains ; ils s’en emparent pour l’utiliser à leurs fins. Il s’agit pour eux d’attirer une grande main­d’œuvre haïtienne à l’extérieur, vers ces deux pays : Cuba et la République dominicaine. À cette fin, ils procèdent d’une manière cynique et astucieuse afin de rendre le territoire répulsif pour forcer le paysan et le lumpen prolétariat à l’exode. Diverses mesures sont prises en conséquence, telles que : expropriations ayant pour conséquence l’émigration de nombreux habitants, du Sud du pays en particulier, vers Cuba.

De 1915 à 1931, sont signalés 400 000 Haïtiens. Le renforcement de la corvée dans les campagnes avec pour corollaire la fuite, pour y échapper, en territoire voisin. Comme autre mesure, une politique déclarée d’anti­industrialisation haïtienne. Et de plus, il faut le signaler, la centralisation de la perception fiscale à Port­au­Prince (Le fameux Bureau des Contributions) dans le but inavoué de créer un déséquilibre entre la capitale et les provinces. Ainsi, pour nous répéter, Haïti devient un grand fournisseur de main­d’œuvre. Le revers Mais une fois l’objectif atteint jusqu’à saturation et sous la pression des nouvelles administrations américaines contraintes par la grogne de leurs producteurs sucriers nationaux (sucre de betterave américain révolté contre la concurrence du sucre cubain de Machado), la présence de ces Haïtiens devient indésirable. On les refoule en masse, sans états d’âme et sous divers prétextes : illégalité de leurs documents de séjour ; racisme ; analphabétisme, etc.

C’est ainsi que le bon président Machado refoule et persécute violemment beaucoup de travailleurs haïtiens immigrés au tournant des années trente. Ceux­ PARTAGER CET ARTICLE ci retournent au pays, la mort dans l’âme, dépossédés parfois de leur pécule, et avec des éléments culturels assimilés : musique et instruments populaires cubains ou dominicains, «tres», «mannouba» ; peinture ; etc. ; petits métiers artisanaux. En exergue à ce développement, le professeur a bien insisté sur le distinguo à faire entre antiaméricanisme et anticapitalisme. L’un n’inclut pas l’autre ; on n’a qu’à se gausser du nationalisme à fleur de peau de certains industriels locaux. Cette conférence a donc été une intéressante lecture des causes économiques de l’occupation américaine des trois pays voisins ; Haïti, Cuba et la République dominicaine. Elle nous a révélé le moteur et l’objectif de la convoitise de l’occupant. Ce point de vue rationnel, logique et documenté est quand même l’expression d’une sensibilité ; il n’exclut pas d’autres analyses et d’autres visions. La vérité est plurielle en réalité.

Le Nouvelliste

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